English muffins, et quelques réflexions sur la nourriture et sa production

English muffins, et quelques réflexions sur la nourriture et sa production

Il fut un temps où je pensais qu’il était impossible de faire chez soi ce que l’on mangeait. J’avais l’impression que si c’était bon, c’était forcément parce que je l’avais acheté. J’ai d’abord analysé que cette croyance venait d’un profond manque de confiance en moi. Que la façon dont je m’étais construite, la tête dans les livres, m’avait coupée de mes mains. Ce qui n’est pas faux. Savoir faire quelque chose de ses mains s’apprend, il faut remettre cent fois son ouvrage pour parvenir au but fixé. Mais plus j’apprends à me servir de mes dix doigts, plus je me rends compte que cette séparation fabrication personnelle/commerce/industrie est aussi grandement culturelle.

English muffins

Une phrase de Pierre Rahbi m’a confortée dans cette idée. En substance, il disait que nous détacher de nos moyens de productions alimentaires nous rendait très fortement dépendants pour notre propre subsistance. Il n’y a  qu’à voir le nombre de tutos pour faire du beurre qui sont apparus sur la toile au moment où le beurre disparaissait des rayons des grandes surfaces. D’un coup, les gens se rendaient compte que l’on pouvait (!) faire son propre beurre, et très simplement! Que finalement, ce produit de consommation courante ne nécessitait pas des process hyper complexes pour être produit.

A mon, sens, il en va de même avec la viande. Rien de plus banal qu’une barquette avec 2 filets de poulet dedans. Mais très peu ont conscience que ce filet de poulet faisait partie d’un animal vivant et qu’il a fallu le tuer pour qu’il arrive dans la barquette. Avouez que vous seriez bien embêté(e) si vous deviez tuer une gallinacée pour faire votre poulet au curry. Vous ne sauriez même pas par où commencer! Vous rappelez-vous de la cuisine des Mousquetaires?

L’animal était bien présent et sa mise à mort aussi! Cela faisait partie intégrante de l’acte de cuisiner. Aujourd’hui plus aucune émission de cuisine de nous montre ce lien primordial entre nourriture/vivant/mort. J’ai des souvenirs d’enfance où mon grand-père tuait des chevreaux pour Pâques ou des lapins et des poules qui avaient parfois été mes compagnons de jeux. Je me souviens des cris, du sang. Mais je me souviens aussi de l’empressement de tous à conserver tous les morceaux, à ne rien perdre, à tout transformer en cuisine. Je m’aperçois que mon Chabichou à 9 ans n’a jamais eu aucune expérience de ce genre. Je ne cherche pas à le traumatiser… mais peut-être à lui donner le sens de la Vie, si ce n’est celui de la mort.

Ma mère m’a appelée hier. Elle était dans tous ses états, parce que deux de ses amies ont percuté un chevreuil sur la route et le lui ont amené dans son salon. Que le vétérinaire ne traite pas les animaux sauvages et qu’il a donc fallu qu’elle appelle un chasseur pour qu’il mette fin aux souffrances de l’animal. Ses amies pleuraient et personne n’était capable du moindre geste, malgré la souffrance patente de l’animal.

Je comprends parfaitement la pensée vegan qui refuse la souffrance animale sous toutes ses formes et donc de se nourrir d’animaux. Pour moi, c’est un chemin que je n’ai pas pris, parce que je le pense trop extrême. J’essaie pourtant d’avoir conscience que le steak qui est dans mon assiette était un animal à qui l’on a ôté la vie pour que je me nourrisse. Et qu’a ce titre, je lui dois respect et reconnaissance. Que je dois avoir conscience de son sacrifice et que je ne dois pas en abuser. J’aimerais être sûre de la façon dont il a été tué, comme j’aimerais être sûre de la façon dont sont produits mes légumes ou mes céréales. Je n’en suis jamais sûre et une défiance face à la nourriture en nait très souvent.

Pour me réapproprier l’acte de manger, j’ai pris le chemin du fait maison depuis quelques années. Cela me remplit de satisfaction. Parce que je l’ai fait moi-même (et que j’en suis capable!), en apprenant des gestes au fur et à mesure du temps. Et parce que je « sais » (dans la mesure du possible) ce que je mets dedans. Pas à 100% , mais autant que je peux.English muffins

Ces english muffins sont pour moi un exemple parfait. Il y a quelques années, si on n’allait pas en Grande Bretagne, on ne trouvait ces petits pains que chez Monoprix, sous blister, avec une date de péremption longue. Je les adorais! Il y en avait souvent un paquet dans mes placards qui attendait le dimanche matin pour se faire passer au grille pain et tartiner de beurre salé.

Lorsque j’ai commencé la boulange à la maison, j’ai tenté plusieurs fois de réaliser des english muffins. Mais sans grand succès. Raplapla… Trop cuits…. Trop durs… Mais l’expérience nait des échecs. Et aujourd’hui, je suis capable de vous montrer mes perfects english muffins! Je les ai trouvé incroyablement facile à réaliser et je me suis demandée pourquoi  j’en avais foiré autant avant d’arriver à ces merveilles…

Je vais vous donner quelques trucs:

  •  Utiliser une farine de force, comme pour les brioche (je ne me sépare plus de ma farine de gruau!)
  • Pétrir longuement pour que le gluten ait le temps de se libérer.
  • Trouver le bon niveau d’hydratation de la pâte. Quoi qu’on en dise, les mesures dans les recettes de boulange sont variables! Selon votre farine, la température de votre pièce, de l’eau, votre levure… Donc, il faut avoir l’oeil! Lorsque vous démarrez, faites vous confiance! La pâte doit être aussi douce et chaude que des fesses de bébé! Vous devez ressentir le même plaisir qu’en touchant la joue de votre enfant!
  • J’ai souvent écouté les recettes qui disent d’étaler la pâte sur une hauteur de 1cm… Mais que nenni! il faut au moins 2 cm pour que les english muffins aient la bonne hauteur, qu’ils soient bien moelleux et qu’on puisse les couper en deux !
  • Pour le temps de levée… Là aussi, il faut avoir l’oeil. Il faut que les muffins doublent de volume. mais si vous attendez trop, ils vont se dégonfler doucement comme des ballons de baudruche oubliés dans un coin…
  • Surtout, surtout, il faut bien fariner le plan de travail. Parce que c’est souvent quand on les transfère dans la poêle qu’ils se déchirent et qu’ils se dégonflent. j’ai vu dans une recette américaine, qu’il fallait les laisser gonfler sur la planche qui sert à cuire les pancakes, comme une plancha. Et que du coup, on n’avait plus besoin de les transférer! Difficile à faire chez nous… Mais cela prouve bien que ce moment est très délicat pour nos english muffins!

Merci à la Popotte de Manue pour sa recette, simple et efficace!

 

English Muffins

English Muffins

Par encore-une-lichette Publié: novembre 14, 2017

    Il fut un temps où je pensais qu'il était impossible de faire chez soi ce que l'on mangeait. J'avais l'impression que si c'était …

    Ingrédients

    Instructions

    1. Dans le bol du robot, mettez le lait tiède (attention , pas trop chaud, sinon, il va tuer la levure!), le sucre et la levure. Mélanger et laissez s'activer pendant une dizaine de minutes.
    2. Ajoutez la farine et le sel et commencez à pétrir. Il vous faudra au moins 10 minutes à vitesse moyenne pour obtenir une pâte bien lisse, qui se détache des parois du bol. Ajoutez au besoin un peu de lait ou de farine.
    3. Formez une boule et laissez pousser dans un endroit chaud (votre four éteint par exemple, mais pas au-dessus de 35°C, sinon votre levure mourrait!). Il faut que la pâte double de volume.
    4. Dégazez la pâte et étalez-la sur un plan de travail bien fariné, sur une hauteur de 2cm. Découpez à l'emporte-pièce des disques d'environ 10cm de diamètre. Décollez-les du plan de travail et posez-les à l'envers sur une surface bien farinée. recouvrez d'un torchon et laissez gonfler pour qu'ils doublent de volume. Selon la température de votre pièce, cela peut prendre 30 minutes à 1 heure.
    5. Faites chauffer une poêle anti-adhésive à feu doux. Il va falloir que vous trouviez la bonne température pour qu'ils ne brulent pas mais qu'ils cuisent quand même! Déposez délicatement les english muffin dans la poêle et laissez-cuire le temps qu'ils dorent. Retournez-les et finissez la cuisson.
    6. Vous pouvez les déguster directement à la sortie de la poêle ou les faire griller légèrement au grille-pain après les avoir coupés en deux. Ils seront parfaits avec du beurre, de la confiture ou en version salée avec des œufs Bénédicte!

      9 Comments

      • Je découvre ton blog un peu par hasard et j’avoue qu’à la lecture de ton article je me sens tour à fait en harmonie avec ta philosophie. Moi aussi c’est petit à petit que j’ai voulu choisir ce que je mangeais en cuisinant de plus en plus fait maison et en choisissant un maximum les circuits courts. Bon week-end

      • Respect et reconnaissance envers les animaux qui nous permettent de nous nourrir et les hommes qui travaillent a produire nos aliments. J’aime ton billet et cette philosophie.
        Et merci pour les « trucs » pour les muffins!

        • Merci à toi d’avoir lu le billet en entier! Et je suis très heureuse que nous rencontrions sur cette philosophie!

      • Aller j’en remets une couche ici, parce que ça fait du bien de lire ce genre de billets, pleins de bienveillance, de logique et de réflexion profonde mais sans sentiment de supériorité ou condescendance.
        En plus, ma manière de cuisiner a beaucoup évolué depuis les débuts de mon blog, et j’aimerais remplacer ma recette de muffins anglais un peu trop fermes par quelque chose de plus moelleux.
        Tout ça pour dire que si tu passes à Lille, j’exige qu’on papote de vive voix !

      • J’aime la recette et surtout j’aime le ton et la philosophie de ton article je sens que je vais aller me promener un peu chez toi, je ne te connais pas encore, je crois


      Laisser un commentaire

      You have to agree to the comment policy.